hors-champ

un endroit un peu à l’écart

hors-champ.

sobriété

45 jours

depuis le 11 septembre 2026.

rien de spectaculaire. chaque jour a pourtant eu lieu.

un peu d’espoir

ras le cul du pessimisme

ras le cul du pessimisme du fatalisme de ce néant abyssal d’idées et de débats ras le cul de concevoir l’avenir comme une chienlit inévitable de cette étrange satisfaction à annoncer le pire et de cette manière qu’ont les gens raisonnables de prendre leur résignation pour de l’intelligence ras le cul des discours de normopathes libéraux qui depuis que je suis la politique française nous expliquent avec une gravité de médecins légistes que rien ne peut changer que rien ne doit changer que nous n’avons pas le choix et que nous devons nous adapter nous adapter à quoi exactement à un monde dans lequel selon Oxfam la fortune des milliardaires français a doublé depuis 2017 soit plus de deux cent vingt milliards d’euros supplémentaires concentrés sur trente deux personnes trente deux personnes seulement pendant que les caisses sont vides les services publics exsangues les hôpitaux à bout de souffle et les professeurs mal payés mais attention si nous avons l’idée saugrenue de demander un peu d’argent à ceux qui en possèdent des quantités obscènes ils vont partir les entrepreneurs vont partir les capitaux vont partir la richesse va partir tout va partir sauf nous naturellement qui resterons là à nous entendre expliquer que nous vivons au dessus de nos moyens et je me demande depuis combien de temps nous vivons dans cette formidable escroquerie intellectuelle qui consiste à présenter les intérêts de quelques uns comme les lois immuables de l’économie et les besoins du plus grand nombre comme des caprices d’enfants irresponsables et ce qui me fatigue peut être davantage encore que les inégalités elles mêmes c’est cette confiscation de notre imagination cette interdiction tacite de penser autrement cette manière de réduire chaque débat à ce qui serait impossible avant même de nous demander ce qui serait souhaitable car enfin est ce qu’il ne serait pas possible d’essayer autre chose une fois une seule petite fois est ce que nous sommes condamnés à organiser toute notre existence collective autour de la peur de perdre ce que nous n’avons déjà plus et je sais bien ce qu’on va me répondre que je suis naïf que je ne comprends pas les contraintes économiques que le monde est compliqué que gouverner c’est prévoir et que rêver c’est sympathique mais enfin putain est ce qu’on a encore le droit d’être naïf en ce 17 octobre 2026 est ce qu’il reste un tout petit espace pour l’enthousiasme entre deux catastrophes annoncées et combien de fois faudra t il encore que j’enterre cette naïveté pour faire barrage à des fascistes racistes combien de fois faudra t il voter comme on éteint un incendie combien de fois faudra t il confier nos vies à des gens qu’on déteste pour empêcher des gens qui nous détestent davantage de les gouverner et appeler cela une victoire de la démocratie et pourquoi au fond la politique devrait elle toujours être une souffrance une opération de sauvetage un exercice de renoncement pourquoi aurait elle définitivement renoncé à fabriquer du bonheur et voilà qu’au milieu de cette sinistrose je me surprends à réfléchir de nouveau à des choses qui me paraissaient presque indécentes à force d’être absentes des discussions à l’amitié par exemple à ce que signifie avoir du temps pour les autres à ce que devient une société quand chacun doit consacrer toute son énergie à mériter le droit d’y vivre à l’augmentation des salaires de tous et pas seulement de ceux dont on juge le travail suffisamment noble ou productif à l’égalité de tous et pas seulement de ceux dont on estime qu’ils la méritent à cette idée finalement assez élémentaire que la richesse d’un pays devrait peut être se mesurer aussi à la possibilité qu’ont ses habitants de vivre dignement de s’aimer de se reposer de ne pas avoir peur du lendemain et voilà même que je revois des sourires sur des visages politiques et chose plus extraordinaire encore que ces sourires sont rendus par les gens autour d’eux et cela me touche presque bêtement parce que j’avais fini par oublier à quoi pouvait ressembler une politique qui ne demande pas constamment au peuple de serrer les dents mais non mais non Paul attention aux extrêmes surtout ne va pas vers les extrêmes et je me demande mon cher camarade qui décide exactement de ce qui est extrême sinon des gens extrêmement centraux extrêmement installés extrêmement satisfaits que le centre du monde se trouve précisément à l’endroit où ils ont posé leur chaise et qu’il n’en bouge surtout jamais car vouloir changer radicalement une société qui fonctionne mal serait extrême tandis que vouloir continuer exactement la politique qui l’a conduite là serait raisonnable et modéré et responsable et adulte et je trouve cela prodigieux cette faculté qu’ont les défenseurs de l’ordre existant de faire passer leur immobilisme pour de la sagesse et leur peur du changement pour une preuve de maturité mais regardez ce qu’ils ont fait de notre imagination de notre confiance de notre désir même de participer à la vie publique et je ne dis pas que tout ira bien je ne dis pas que ces gens ont réponse à tout car j’ai peur évidemment j’ai peur de l’inconnu des erreurs des promesses trahies de cette facilité que nous avons à nous tromper collectivement mais j’aimerais au moins avoir peur de quelque chose qui puisse déboucher sur un peu de bonheur collectif plutôt que de cette peur triste rabougrie et méthodiquement entretenue qui ne débouche jamais que sur la détestation de l’autre la surveillance le repli sécuritaire et les éternelles saloperies de truands fascistes qui prétendent nous sauver du désordre et peut être suis je naïf oui probablement et je ne vois plus très bien pourquoi ce serait une honte tant il me semble que nous avons suffisamment essayé le cynisme pour en constater les résultats et que la véritable naïveté consiste peut être à croire encore que ceux qui nous promettent depuis vingt ans que demain sera nécessairement plus difficile finiront par nous offrir autre chose qu’un lendemain plus difficile et je me dis alors que nos avenirs ne sont peut être pas si ruinés qu’on voudrait nous le faire croire que nous avons peut être simplement perdu l’habitude de les imaginer et qu’il serait tout de même dommage de mourir politiquement raisonnables après avoir passé toute notre vie à avoir peur de vivre autrement et qu’après tout nous pourrions au moins nous accorder cela le droit de nous tromper en espérant plutôt que de continuer à avoir raison en désespérant ✊🏻

parrainer jean-luc mélenchon ↗

et ensuite ?

à définir.

← retour aux films